Après un long moment de silence, Sylvanus Aïssi prend la parole. Dans un entretien exclusif accordé à Guérite Tv Monde, l’acteur politique et homme d’affaires dévoile les raisons de son absence sur la scène médiatique et se prononce sur l’actualité nationale. Sylvanus Aïssi revient à cet effet sur la première célébration de la fête de l’indépendance sous le président Romuald Wadagni, la grâce présidentielle accordée à 369 détenus, l’élection de Abdoulaye Bio Tchané à la tête du Conseil économique et social (CES). Entretien !!!
Guérite Tv Monde : Le Bénin a célébré ses 66 ans d’indépendance ce samedi 1er août 2026 à Cotonou. Que retenez-vous de cette célébration, la première sous la gouvernance de Romuald Wadagni ?
Sylvanus Aïssi : Je retiens avant tout que cette célébration marque une transition institutionnelle importante. Au-delà du caractère festif et protocolaire, c’était l’occasion pour le nouveau Président de la République d’imprimer son style et de rassurer les Béninois sur la continuité de l’État.
J’ai également noté une célébration axée sur le rassemblement, et la consolidation des acquis.
Présence des anciens dirigeants aux côtés du chef de l’État Romuald Wadagni: symbole d’apaisement ou simple geste républicain ?
Je pense que les deux lectures peuvent coexister.
C’est d’abord un geste républicain, parce que les grandes célébrations nationales doivent transcender les clivages politiques. Mais dans le contexte actuel, voir les anciens présidents Boni Yayi et Patrice Talon, ensemble, côte à côte, d’abord au Sénat, puis lors des festivités du 1er août, revêt également une portée symbolique forte. Elle traduit une volonté d’apaisement et rappelle que les intérêts supérieurs de la Nation doivent primer sur les divergences.
Cela dit, les symboles sont importants, mais ils doivent être suivis d’actes concrets pour consolider durablement la confiance entre les différents acteurs politiques.
Romuald Wadagni est-il désormais le chantre de la cohésion nationale ou est-ce trop tôt pour le dire ?
Il est encore prématuré de tirer une conclusion définitive.
Le Président semble envoyer des signaux d’ouverture et de dialogue. C’est une bonne chose. Mais la cohésion nationale ne se proclame pas ; elle se construit progressivement, à travers les décisions politiques, le respect des institutions, l’inclusion des différentes sensibilités et la capacité à écouter toutes les composantes de la société.
Les prochains mois permettront d’apprécier si cette volonté affichée s’inscrit dans la durée.
À la veille de cette célébration, le chef de l’État a accordé une grâce présidentielle à 369 personnes condamnées, dont l’opposant Julien Kandé Kansou. Des libérations jugées insuffisantes par certains.
La grâce présidentielle est une prérogative constitutionnelle du Chef de l’État. En ce sens, cette décision peut être interprétée comme un geste d’humanité et d’apaisement.
Il est naturel que certains estiment que cette mesure aurait pu être plus large. D’autres, au contraire, considèrent qu’elle respecte un certain équilibre entre justice et clémence.
À mon sens, il faut surtout apprécier cette décision dans une dynamique globale. Si elle ouvre la voie à un dialogue politique plus serein et contribue à renforcer la confiance entre les acteurs, elle aura pleinement atteint son objectif.
Abdoulaye Bio Tchané est désormais le président de la 8ᵉ mandature du Conseil économique et social (CES). Une nouvelle ère selon vous ?
Abdoulaye Bio Tchané possède une solide expérience de l’administration publique, de l’économie et des institutions. Son parcours constitue un atout pour le Conseil économique et social.
Toutefois, une nouvelle ère ne dépend pas uniquement de la personnalité de son président. Elle dépendra surtout de la capacité du CES à produire des avis pertinents, à être une véritable force de proposition et à renforcer le dialogue entre les pouvoirs publics et les forces vives de la Nation.
Les attentes sont importantes, et je ne doute pas de la capacité du Président ABT à relever le défi.
Certains estiment qu’après cette nomination, Abdoulaye Bio Tchané et même le président de l’Assemblée nationale Joseph Djogbénou devraient démissionner de la tête de leur parti politique. Êtes-vous du même avis ?
Je peux comprendre ceux qui le disent. Mais je dois rappeler que ce n’est pas la première fois que nous avons des chefs de partis à des postes de décisions.
Lorsqu’on exerce de hautes responsabilités institutionnelles, il est souhaitable que l’institution apparaisse au-dessus des intérêts partisans. Cela renforce son impartialité et la confiance des citoyens.
En même temps, il appartient aux intéressés, à leurs formations politiques et au cadre juridique en vigueur d’apprécier les dispositions les plus appropriées.
L’essentiel est que l’exercice de leurs fonctions institutionnelles ne soit jamais influencé par des considérations partisanes.
Qui pressentez-vous à la tête de la nouvelle institution, le Sénat ?
Il est encore difficile de citer un nom avec certitude.
Le choix dépendra de plusieurs critères : l’expérience institutionnelle, le sens du consensus, la capacité de dialogue et la confiance du Chef de l’État ainsi que des différentes composantes appelées à siéger au Sénat.
Le plus important ne sera pas uniquement le nom de la personne choisie, mais sa capacité à installer cette nouvelle institution dans le paysage institutionnel béninois avec crédibilité, stabilité et efficacité.
8. Pour conclure, Monsieur Aïssi, vos prises de parole se sont faites plus rares ces derniers mois. Est-ce un choix délibéré ou cette discrétion s’explique-t-elle par d’autres contraintes ?
Vous avez raison de le souligner. En réalité, ce silence est essentiellement lié à mes obligations professionnelles. Depuis quelques mois, je suis hors du territoire national. J’ai d’abord effectué un séjour de plusieurs semaines en Inde dans le cadre de mes activités, et je me trouve actuellement en France, toujours pour des raisons professionnelles.
Cela ne signifie pas pour autant que je me suis éloigné de l’actualité de notre pays. Bien au contraire, je continue de suivre avec beaucoup d’attention l’évolution de la situation politique, économique et sociale du Bénin. Les moyens de communication d’aujourd’hui permettent de rester informé en permanence.
Je profite d’ailleurs de cette occasion pour remercier Guérite TV de me donner la possibilité de partager mon analyse avec les Béninois, malgré la distance.
Merci madame la journaliste !
Transcription : S.E

