Avec la création des six pôles de développement territorial, la décentralisation béninoise entre dans une nouvelle phase. Pour Luc Gnacadja, maire de Cotonou et président de l’Association nationale des communes du Bénin (ANCB), cette nouvelle architecture ne doit toutefois pas éloigner l’action publique des territoires. Au contraire, elle doit s’appuyer sur les communes, premier niveau de contact entre les politiques publiques et les citoyens.
Les communes disposent d’abord d’un avantage difficilement remplaçable : la connaissance du terrain. Elles connaissent les contraintes locales, les potentialités économiques, les projets déjà mûrs et les besoins des populations. Dans la logique des pôles, cette connaissance doit permettre de mieux identifier les investissements et les projets susceptibles de produire des résultats concrets.
Mais leur apport ne s’arrête pas à cette connaissance territoriale. Les communes disposent également d’une capacité de mobilisation des habitants, des organisations communautaires, des jeunes, des femmes, des artisans et des entreprises locales. Elles constituent ainsi un relais essentiel pour transformer les orientations des pôles en actions effectivement appropriées par les populations.
Autre ressource mise en avant par le président de l’ANCB : l’innovation locale. Les 77 communes sont présentées comme autant de « laboratoires » dans lesquels émergent des solutions susceptibles d’être reproduites ailleurs. La mutualisation de ces expériences pourrait donc devenir l’un des leviers de la nouvelle étape de la décentralisation.
Cette place accordée aux communes repose sur le principe de subsidiarité. Le pôle doit intervenir lorsque les enjeux dépassent l’échelle communale, tandis que la commune conserve les responsabilités qu’elle est mieux placée pour exercer. L’objectif est d’éviter à la fois la concentration des responsabilités et la dispersion des moyens.
Pour le président de l’ANCB, cette participation doit désormais se traduire par des actes. L’association entend réunir les maires, pôle par pôle, afin de préparer leur contribution aux travaux des délégués généraux, recenser les projets susceptibles d’être financés et faire remonter une parole commune fondée sur l’expérience du terrain.
Dans cette configuration, la commune n’est donc pas conçue comme le dernier maillon de la chaîne administrative. Elle est appelée à devenir le premier point d’ancrage de la nouvelle politique territoriale : celui où les investissements se traduisent, ou non, par des changements perceptibles dans la vie quotidienne.
S.E

