Le samedi 31 octobre 2026, la Maison des médias Thomas Megnanssan Gbèdjromédé, à Cotonou, a réuni autour d’une même conversation ceux qui ont vécu un AVC, ceux qui le soignent et ceux qui en parlent. Organisé par l’association AVerCion Aversion, dans le cadre de la Semaine de sensibilisation lancée le 25 octobre, ce « Dialogue Cerveau & Voix » s’est tenu sous le thème « Victimes, soignants et médias : une même conversation ».
L’AVC ne s’arrête pas aux portes de l’hôpital. Lorsqu’il survient, il bouleverse une existence, fragilise les familles et impose souvent un long parcours de réadaptation. Pourtant, les signes d’alerte, les facteurs de risque et les bons gestes restent trop peu connus.
Un témoignage pour ouvrir le dialogue
Avant que les spécialistes ne prennent la parole, Hervé Prudence Hessou, président de l’association AVerCion Aversion et de l’Union des professionnels des médias du Bénin (UPMB), a raconté en quelques minutes ce qui lui est arrivé le 29 juillet 2025. Il se trouvait avec des collègues vers le marché de Ménontin quand il a voulu se rendre aux toilettes. Il n’y est pas parvenu et a dû se forcer. Au retour, la situation s’est compliquée : il a pris son téléphone et appelé son voisin médecin, jusqu’à son admission à l’hôpital de Ménontin.
Ce récit, simple et précis, a donné le ton de la rencontre : l’AVC peut frapper n’importe qui, n’importe où, et la rapidité de la réaction compte.
Le regard des spécialistes
Modéré par Zakiath Latoundji, journaliste spécialiste des questions de santé et ancienne présidente de l’UPMB, le Dialogue a réuni cinq professionnels, chacun avec l’éclairage de sa discipline. Dr Richard Houeze, neurologue, spécialiste en neurologie vasculaire et commissaire divisionnaire de la Police républicaine, a expliqué ce qu’est l’AVC, comment en reconnaître les signes, ce qu’il faut faire en urgence et quelles en sont les conséquences. Pour lui, l’AVC est une urgence : dès qu’un signe est constaté, il faut très vite appeler les soignants.
Dr Nkié Sylvia épouse Goudou, médecin cardiologue au CHIC, a parlé de l’hypertension artérielle et des facteurs de risque qui conduisent à l’AVC. Elle a aussi insisté sur le rôle d’une bonne nutrition, qui améliore la circulation sanguine et aide à contrôler la tension artérielle. Le Dr Alexandre D. Faton, médecin spécialiste en médecine physique et de réadaptation (MPR) et colonel des Forces armées béninoises, a comparé la situation à celle d’une société qui coupe l’eau dans un quartier : les habitants en souffrent, comme il en va des neurones quand survient un AVC. « Ces neurones endommagés bousculent les habitudes de motricité, et le rôle du médecin MPR est de travailler à ce que la motricité revienne » a-t-il laissé entendre.
Edith Ochoumare Choukpa, orthophoniste et trésorière de l’Association béninoise des professionnels de l’orthophonie (ABEPO), a présenté les différents troubles que l’on peut observer chez une personne victime d’AVC, notamment de la parole et de la communication, et son rôle pour les rééduquer. Pour Antoine Dovonon, kinésithérapeute et vice-président de l’Association béninoise des kinésithérapeutes rééducateurs (ABEKIR), a parlé de la récupération et lancé une mise en garde : il faut éviter de promener les malades chez les guérisseurs et les féticheurs avant de les conduire à l’hôpital ou chez le kinésithérapeute, car on perd du temps et de l’argent, et la récupération devient alors impossible.
Les débats ont porté sur les facteurs de risque, les moyens de prévention et les étapes de la prise en charge. L’hypertension artérielle, le diabète, le tabagisme, la consommation d’alcool et la sédentarité ont été cités parmi les facteurs qui favorisent la survenue d’un AVC. Le public a pris part aux échanges par des questions-réponses avec les différents intervenants.
Une urgence de santé publique
L’ampleur du phénomène justifie cette mobilisation. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 15 millions de personnes sont touchées chaque année dans le monde et près de 6 millions en meurent. À Cotonou, une enquête menée auprès de plus de 15 000 habitants a estimé la prévalence à 4,6 pour 1 000. Un chiffre qui souligne l’importance de mieux faire connaître cette affection au sein des populations.
Pourquoi AVerCion Aversion
À l’origine de l’initiative, Hervé Prudence Hessou a rappelé pourquoi il a créé l’association : « Il faut forcément communiquer et informer les gens sur l’AVC. On croit le connaître, mais il reste loin de nos connaissances : chacun doit savoir quoi faire quand il le faut. »
Pour ce journaliste, le silence n’est plus une option : « Je ne peux pas être journaliste depuis près d’un quart de siècle et président de l’Union, voir cet incident m’arriver et me taire. » Il a réaffirmé sa volonté de porter ce combat auprès des populations, avec l’appui des médias et des spécialistes.
Au terme de la rencontre, un message est resté : on peut prévenir l’AVC, mieux le reconnaître et mieux accompagner ceux qui en sont touchés, à condition que victimes, soignants et médias continuent à parler d’une seule voix.
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