Quand l'anodin devient une information

Luc Gnacadja : « Nous devons préparer les jeunes à un monde où les outils changeront sans cesse »

0

Avec Cotonou AI Academy, le maire de Cotonou veut dépasser la simple formation aux outils numériques. Son ambition : développer chez les jeunes la curiosité, la pensée critique, la capacité à créer et surtout le pouvoir d’agir sur leur environnement.

OMNES

Pour Luc Gnacadja, la question n’est plus de savoir si les jeunes doivent apprendre à utiliser l’intelligence artificielle. Elle est de savoir ce que cette technologie fera de leur capacité à penser par eux-mêmes.

C’est toute l’ambition affichée derrière Cotonou AI Academy, dont la première cohorte réunit 60 jeunes issus de 19 collèges publics de Cotonou.

Le maire assume une vision de long terme. La première immersion n’était pas destinée à produire immédiatement des experts ou des solutions industrielles. Elle devait constituer un déclencheur : réveiller la curiosité, faire découvrir de nouveaux outils et donner aux jeunes l’envie de chercher des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent.

Former à bien plus qu’à l’IA

La philosophie du programme tient en quatre verbes : Explorer. Approfondir. Concevoir. Inspirer et transmettre.

Ils correspondent à un parcours pensé sur quatre années. Pour le maire, apprendre l’IA ne peut pas se résumer à savoir utiliser une application ou à maîtriser la formulation d’un prompt. Un jeune capable d’utiliser efficacement un outil conçu ailleurs reste dépendant de cet outil s’il n’a pas développé les capacités lui permettant de comprendre, questionner, vérifier et créer.

L’enjeu est donc de former des esprits capables d’apprendre en permanence. Car les technologies découvertes aujourd’hui par les adolescents auront probablement évolué, voire disparu, dans quatre ans. « Préparer à ce qui n’existe pas encore » devient ainsi le véritable défi éducatif.

Éviter la dépendance intellectuelle

Le maire identifie également un risque : que la puissance de l’intelligence artificielle transforme l’assistance intellectuelle en dépendance intellectuelle. Cette question a trouvé une illustration concrète lors de la première session. Une équipe a imaginé des coachs utilisant l’IA pour accompagner les élèves, avec une règle essentielle : l’outil ne doit pas répondre à la place de l’enfant, mais l’aider à trouver lui-même son chemin.

Pour Luc Gnacadja, cette approche formulée par des adolescents est particulièrement révélatrice. L’objectif de l’Academy n’est donc pas de fabriquer des utilisateurs performants de technologies. Il est de développer des jeunes capables de penser, d’apprendre, de collaborer, d’expérimenter, de se tromper et de recommencer.

Pourquoi une mairie investit-elle dans l’intelligence artificielle ?

La réponse du maire tient dans sa conception du développement urbain. Une ville doit gérer ses routes, ses déchets, ses infrastructures, ses déplacements ou encore les inondations. Mais elle est avant tout constituée de femmes et d’hommes, de leurs compétences et de leur capacité à imaginer.

C’est pourquoi le projet « Cotonou 2026-2033 : Changer d’échelle » place le capital humain parmi les leviers de transformation de la ville. La municipalité ne cherche pas à remplacer l’école ou l’université. Elle veut jouer un rôle d’interface : rapprocher les établissements et les entreprises, les jeunes et les professionnels, les compétences numériques et les problèmes concrets du territoire. Cotonou AI Academy constitue la première traduction opérationnelle de cette approche.

Une ambition qui dépasse Cotonou

Luc Gnacadja entend également tirer de cette expérience un modèle reproductible. En tant que président de l’Association Nationale des Communes du Bénin, il souhaite que les enseignements du projet, y compris ses difficultés et ses erreurs, soient documentés et partagés avec les autres communes.

Car la question de la formation à l’intelligence artificielle ne concerne pas uniquement la capitale économique. Chaque territoire possède ses propres problèmes. Et chaque territoire aura besoin de jeunes capables d’imaginer des solutions adaptées à ses réalités.

La première cohorte de Cotonou AI Academy n’est donc qu’un commencement. Les 60 jeunes sont désormais appelés à poursuivre leur parcours durant l’année scolaire, à travers des rencontres, du mentorat et de nouvelles étapes de formation.

L’ambition finale est plus grande que l’apprentissage d’une technologie : former une génération qui ne se contente pas de subir les transformations du monde, mais qui possède suffisamment de confiance, de connaissances et d’imagination pour contribuer à les façonner.

S.E

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.