Quand l'anodin devient une information

Ouidah : se souvenir, revenir, respirer (Tribune)

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J’avais choisi Ouidah pour quelques jours de break. J’y trouve bien davantage : un véritable bain de jouvence, fait de silence, de mémoire, de musique… et de cette profondeur particulière que certains lieux savent imposer à l’âme.

En cette Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (JISTNA), Ouidah nous rappelle que la mémoire n’est pas seulement affaire de passé. Elle est aussi une responsabilité envers l’avenir.

OMNES

Les échanges auxquels j’ai assisté m’ont particulièrement interpellé autour d’une idée forte : passer de la Porte du Non-Retour à la Porte du Retour.

Non pas effacer la tragédie du départ.

Non pas simplifier une histoire complexe, douloureuse, encore traversée de blessures et de récits contradictoires.

Mais donner enfin un contenu concret au retour : retour à la mémoire, retour aux racines, retour à une appartenance retrouvée, retour à une Afrique qui reconnaît ses enfants dispersés et leur ouvre les bras.

Voici une question dont l’évocation aujourd’hui résume à elle seule la profondeur de la blessure : « Pourquoi vous nous avez vendus ? »

Elle oblige à regarder l’Histoire avec exigence, à déconstruire les récits réducteurs et les transferts de culpabilité, mais surtout à créer les conditions d’une mémoire partagée qui ne soit ni enfermement dans le ressentiment, ni amnésie.

Et si nous faisions de cette mémoire un pacte pour investir l’avenir ?

Le Bénin, et Ouidah singulièrement, ont quelque chose d’essentiel à offrir à cette ambition : faire du « retour » non plus seulement un symbole, mais progressivement une expérience culturelle, spirituelle, citoyenne — et pourquoi pas juridique — d’appartenance retrouvée.

Et puis, comme pour rappeler que la mémoire africaine ne se conjugue pas seulement dans la gravité, Ouidah se met au jazz.

Le Festival de jazz apporte ses rythmes, ses improvisations, ses dialogues entre l’Afrique et ses diasporas. Et je ne peux m’empêcher d’y voir une magnifique résonance : cette musique, née elle aussi d’une histoire de déracinement, est devenue, par le génie de celles et ceux qui l’ont portée, un langage universel de liberté.

La mémoire le jour. Le jazz le soir. L’océan entre les deux.

Pour celui qui était venu chercher quelques jours de repos, difficile d’imaginer plus belle manière de se ressourcer.

Je retiens déjà de ces journées une conviction renforcée : on ne revient jamais vraiment vers le passé. On revient vers ses racines pour mieux choisir l’avenir.

De la Porte du Non-Retour à la Porte du Retour, il y a peut-être tout simplement ce chemin à reconstruire ensemble.

Se souvenir. Se retrouver. Et repartir vers l’avenir.

Lionel Louèkè nous a gratifiés d’une véritable explosion de sonorités, seul avec sa guitare

Luc Gnacadja

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